Déchéance

Le Bac 2016 nous aura montré, avec acuité, le problème systémique et moral qui gangrène la société algérienne.

Publié le 7 juin 2016 - 10:56 | Auteur: CHIKH Noureddine | Actualités

Avant tout, doit être précisé que cet article n’est pas du tout une attaque envers Mme Benghebrit, telles que pratiquées par quelques uns.

Un réseau social a cette spécificité d’être hautement viral. Une information particulière peut, parfois, se répandre très vite, qu’elle soit avérée ou qu’elle soit un hoax. Et dans un sens, quand quelque chose fait le buzz cela a forcément un sens. Cela peut être un indice révélateur d’une réalité sociologique. Tout comme cela peut être une propagande visant à manipuler l’opinion publique... – rien d’extraordinaire.

Fuite des sujets et désactivation de la 3G

Les sujets avaient fuité avant le jour du baccalauréat. Certains élèves y ont été sceptiques et d’autres enthousiastes; mais peu importe puisqu’il faut quand même y jeter un coup d’œil, au cas où ils seraient authentiques effectivement!

Et ne voilà-t-il pas la surprise des élèves qui ont eu la «chance» de consulter les sujets au préalable. Tandis, bien sûr, qu’il y a, de l’autre côté, le camp de ceux qui n’ont pas eu la chance ou la malhonnêteté de tricher, afin de franchir le cap du baccalauréat; diplôme qui tient tant de place dans la représentation sociale du succès professionnel.

Durant les épreuves du bac, pour contrer la triche une mesure draconienne du Ministère de l’Education nationale a consisté à désactiver l’accès à la 3G. Ce qui est très ironique étant donné son inutilité.

Retard non toléré

A cette situation paradoxale, s’ajoute un autre fait rapporté par des retardataires. Il semble qu’aucun retard n’ait été toléré, même pas deux minutes. Ce qui est tout de même injuste!

Certains vont dire qu’ils n’avaient qu’à être ponctuels... Mais faut-il encore rappeler que le transport, en grande partie privé, est anarchique à souhait et de facto non ponctuel. Sans oublier l’état imprévisible de la circulation. Bref. Priver les élèves – notamment les zawali – de passer l’examen à cause d’un petit retard est tout à fait absurde.

Problème systémique et moral

Il y a un point commun entre le concours de l’enseignement et le baccalauréat de cette année: les sujets d’examen. Le premier nous a donné à voir des sujets médiocres, tandis que le deuxième a connu purement leur fuite. Et, du coup, le citoyen peut se poser la question suivante: «Est-ce qu’il n’y aurait pas un rapport entre ces deux faits»? Plus précisément: «Se peut-il que ces deux débâcles aient en fait une seule et même cause»?

S’appuyant sur les publications calomnieuses à l’égard de Mme Benghebrit sur Facebook, il est possible que ce soit un sabotage délibéré, le produit d’un groupe de personnes, d’une nébuleuse qui agit dans l’ombre pour nuire à Mme Benghebrit ou même pire: nuire à l’Ecole... Mais peu importe le détail, puisque, de toute façon, ce n’est pas vérifiable pour n’importe quel citoyen qui ne serait pas initié aux arcanes politiciennes en Algérie. Pour l’instant, à nous citoyens, il importe peu d’identifier les coupables. Par contre, sur quoi il est intéressant de se pencher est le «système» qui engendre ces «coupables», lesquels permettent cette corruption; des coupables qui sont, toutes propensions gardées, aussi bien victimes qu’agents de la corruption, systémique et morale, généralisée.

Pour n’importe quel Etat, l’Ecole est un appareil d’Etat fondamental: c’est l’usine qui produit les citoyens. C’est là où l’individu, l’enfant, est formé pour devenir un «bon» citoyen, c'est-à-dire qui ne doit pas produire de hors-la-loi. L’Ecole est garante de l’inculcation de l’idéologie de l’Etat qui permet d’interpeller «les individus en sujets» (L. Althusser), c'est-à-dire «éduquer» des sujets aptes à se soumettre à une hiérarchie et à l’ordre qu’une bonne gouvernance impose.

Déliquescence morale

Cependant, la fuite de plusieurs sujets (bien que ce ne soit pas un fait inédit) montre – sans démontrer – une déliquescence dans le système, un système qui engendre une hiérarchie incapable d’assurer le bon déroulement d’une épreuve de l’importance du baccalauréat, voire coupable de provoquer un carnaval où les élèves ont en vu de toutes les couleurs, entre espoirs, faux-espoirs et déprimes ; où l’abnégation des élèves a été mise à rude épreuve, tant la tentation de tricher était grande naturellement. Et justement, parlant morale, nous nous questionnons sur le pourquoi de cette déliquescence morale où ni la Mosquée ni l’Ecole n’ont su faire éviter la fraude des fonctionnaires et la triche des élèves.

La péripétie du bac, vécue intensément par les élèves, ne peut être le fruit d’un pur hasard ; il s’agit de la manifestation d’une idéologie extérieure à l’Ecole, trop longtemps cultivée dans d’autres appareils d’Etat, qui entre en concurrence avec cette dernière, qui la fait vaciller en tant de dispensatrice d’une idéologie d’Etat ; c’est comme si cette fuite délibérée de sujet n’a été que l’exutoire de la distorsion qu’il y a entre la réalité de la vie, vécue tous les jours par l’Algérien, et l’idylle des livres d’école, où l’Algérien doit se reconnaître en dépit de toutes les contradictions quotidiennes.

Finalement, le bac de cette année nous aura montré, avec acuité, le problème systémique et moral qui gangrène la société algérienne (par société nous entendons : gouvernants et gouvernés) et qui va jusqu’à toucher un élément de la superstructure de l’Etat telle que l’Ecole, le Ministère de l’Education nationale, – que cela ait été la conséquence d’un complot (d’un parti islamiste, selon des ouï-dire) ou bien celui de l’inconscience d’une action individuelle.

 

 

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